"Si on fait l’amour avec un Pygmée, cela guérit les maux de dos. " C’est l’une des idées reçues qui règne parmi les habitants du Parc National de Virunga, dans l’est de la République démocratique du Congo. D’autres superstitions sont bien plus dangereuses, des fois même mortelles. C’est pourquoi les Pygmées ont dû fuir le parc qui, pendant des générations, était leur terrain de vie.
"Quand je passe tout près des gens, ils se couvrent le nez et disent que j’exhale une mauvaise odeur", raconte cette femme pygmée qui n a pas voulu nous dévoiler son identité "Cela fait tellement mal", ajoute-t- elle. Elle vit à Rusayo, un village situé à quelques kilomètres de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu.
Un peuple ancien
Plusieurs années après leur expulsion du parc National de Virunga, la plupart des pygmées venus s’installer dans les villages périphériques de Goma ont encore du mal à cohabiter avec d’autres habitants. Le manque d’éducation mais aussi leur apparence physique différente de celle des autres communautés en RDC est l’une des causes de leur manque d’intégration dans la société congolaise.
Caractérisés par une courte taille, de long bras et de courtes jambes, ils vivent en générale de la chasse, de la pêche et de la cueillette. La population pygmée est aussi appelée communauté de "Bambuti" ou "Batwa" et est considérée comme une des plus vielles populations de l’Afrique centrale.
"Leurs effectifs actuels dans la province du Nord-Kivu varie autour de 23.000 sans compter, bien évidemment, les Pygmées se trouvant dans des zones en conflit et non accessibles", explique Joseph Itongwa Mukumo, coordinateur de l’ONG PIDP (Programme pour l’intégration du peuple pygmée au Nord-Kivu).
Préjugés
Pour lui, le terme de Pygmée lui-même a un sens péjoratif, car "beaucoup de gens considèrent les Pygmées comme des arriérés parce qu’ils sont restés longtemps dans la forêt. Leur intégration au même titre que les autres peuples cause encore d’énormes problèmes. Ils font objet de discrimination, de rejet par rapport à leur culture et l’écart social."
Ces préjugés dont est souvent victime la population pygmée sont aussi dénoncés par Justin Shamutwa Masumbuko, lui-même Pygmée et coordonnateur de l’ONG Actions de développement pour la promotion des droits humains et gestion des intérêts des Pygmées originaires de la RDC, créée en 2002. « Faire l’amour avec une femme pygmée ne guérit pas les maux de dos ! C’est simplement un préjugé qui est fait sur le peuple pygmée.
"D’autres habitants pensent que si on couche avec une jeune fille pygmée vierge, on peut guérir d’un certain nombre de maladies. Ainsi, beaucoup de gens violent nos filles et nos femmes", ajoute Joseph Itongwa Mukumo. Et selon Justin Shamutwa Masumbuko, ce sont notamment les groupes armés rebelles qui se trouvent dans ou aux alentours du Parc de Virunga, qui commettent ces crimes. "Mais aussi les gardes du Parc et même certains civils", dénonce-t-il.
Des êtres humains
Parmi les violations les plus enregistrées contre les pygmées dans la province du Nord-Kivu, figurent les violations de droit de propriété foncière. 18 spoliations de biens fonciers on été enregistrées cette année. Mais la discrimination se fait ressentir aussi dans la vie politique. "Aucun Pygmée n’a été élu député, ni occupe un poste important dans la gestion de la chose publique de notre pays", déplore Justin Shamutwa Masumbuko. Selon lui, "le gouvernement congolais ne met en place aucun effort pour une intégration effective du peuple pygmée."
Le combat pour une reconnaissance des Pygmées en RDC n’est pas terminé. Il passe non seulement par la tête des gens, mais aussi par la loi. "Etant humains et ayant les mêmes droits que tous les autres comme garanti dans la Déclaration universelle des droit de l’homme, nous continuerons à lutter contre toutes les formes de discrimination qui sont faites à l’égard des Pygmées mais aussi que leurs droits soient respectés. Notamment ceux à l’intégration, au même titre que les autres Congolais", conclut Joseph Itongwa.
RNW














juin 7, 2012
Société